Arrête du 25 novembre 1997[1]:
Article 1er: La pêche sous-marine du mérou brun – Epinephelus Marginatus – est interdite sur l’ensemble du littoral de la Méditerranée continentale du 1er janvier 1998 au 31 décembre 2002.
Sanctions:
Capturer un mérou, relève d’un délit de pêche, sanctionné par l’article 6 de la Loi du 9 janvier 1852. Les contrevenants risquent la comparution devant le Tribunal Correctionnel et une amende pouvant atteindre 150000 francs.
PSPS: j’ai laisse en francs, c’était en 2000!!!!
HISTOIRE… Braconnage sous-marine dans le Var.
Ce texte est paru dans la Bio Sous-Marine en 2001. Il raconte , il me semble objectivement, l’histoire, très épique du sauvetage d’un mérou. Avec le recul, je pense que cette histoire pouvait avoir une autre fin. Surtout qu’ il a fallu 3 jours pour faire quelque chose.
Habitant dans le Var j’ai fait une trentaine de plongées à la Gabinière. Il y avait un grand mérou, très apprivoisé. Un jour un chasseur l’a tiré…. pour un repas de mariage. Il a été identifié et conduit devant le tribunal.
Cette histoire concerne un autre mérou, très petit, braconne aux 3 Pointes en 1999.
Malgré un «cessez le feu»imposé aux amateurs de mérou en 1997 par les autorités préfectorales, un petit mérou fut découvert fléché cet été dans les eaux proches de Porquerolles. Les plongeurs Hyèrois ont essayé de le sauver. Gros plan de ce sauvetage impossible.

Ce vendredi du 20 août 1999 la mer est belle. Du quai aux escaliers à la Tour Fondue, près d’Hyères, les bateaux à pavillon alpha partent pour la plongée de la matinée. A leur bord, français et étrangers, attirés sur les côtes méditerranéennes par un extraordinaire retour des mérous.
Dans le même temps, près de Porquerolles, un homme muni d’un fusil, plonge. Dans une faille, il repère un mérou. Le cœur de l’homme se met à battre. Il charge son arme, mais à la lueur de la flèche, le poisson s’enrague. L’homme regarde sa proie qui reste immobile dans son trou. La flèche part…
En fin de matinée, Gary Hallegrain, moniteur au club Sub Plongée, sur la presqu’île de Giens, s’immerge sur le Sec des Trois Pointes pour y encadrer une palanquée. Les plongeurs descendent long du bout jusqu’au corps mort. Gary commence la plongée par la visite d’une
faille verticale, longue d’une dizaine de mètres et habitée de murènes, de congres et de mérous. .En remontant le long de la roche, il allume sa lampe et aperçoit un mérou fléché et encore vivant.
De retour au club il essaye de prévenir le Parc National de Port Cros, mais en fin de matinée le téléphone sonne libre.
Le Sec des trois Pointes, appelé également Sec du Langoustier, est un site bien connu des plongeurs, rapidement accessible de la Tour Fondue, à vingt minutes en bateau. Il se compose de trois pitons rocheux, dont le plus haut culmine à –15m. Très coloré, il abrite de nombreuses espèces.
Béatrice Despinoy, co-responsable d’Espace Mer à la Tour Fondue, apprend la nouvelle en fin de l’après-midi. Dans l’air le bruit se propage moins vite que dans l’eau, mais très rapidement tous les plongeurs du club sont informés et posent des questions, le mérou du Langoustier ayant de nombreux admirateurs, il était souvent présent dans sa faille et parfois se laissait observer en pleine eau.
Le samedi en fin de matinée!!!![2], dès qu’un bateau est disponible, une palanquée de crise est constituée et quatre plongeurs partent pour la Petite Passe. Une fois dans l’eau, ils localisent rapidement le mérou blessé dans la cassure de la roche principale. A première vue, il est transpercé par une flèche près de la tête. Vu la profondeur de la faille (plus de 2m) et la position de la flèche, tirée en face du poisson et pratiquement à bout portant, les plongeurs comprennent alors très vite qu’il leur sera impossible de sortir l’animal de son trou sans le blesser d’avantage, autant qu’il est stressé et au moindre geste des humains, il s’enfonce au plus profond de sa cachette.
Pendant le trajet de retour, les plongeurs s’interrogent et craignent d’être dépassés par cet événement inouï.
Que faire?Dans l’après-midi les coups de téléphone se succèdent. C’est le docteur Patrice Francour, scientifique du Laboratoire Environnement Marin Littoral de Nice qui le soir donne à distance la procédure de sauvetage: pour sortir le mérou de sa cachette, l’idéal serait de l’endormir avec la Quinaldine (utilisée fréquemment par les chercheurs du GEM pour le marquage des petits spécimens d’ E. Marginatus) diluée dans les eaux de la faille.
Le moral revient alors sur la presqu’île. Les plongeurs envisagent plusieurs solutions techniques, seulement une sera retenue. Celle proposée par Alain Fourdinier, alias Bob, un stagiaire BEES1. Il faudrait fixer une seringue au bout d’une double tige en canne (dont une actionnera la seringue. L’introduire dans la faille à proximité de l’animal et libérer la Quinaldine dans l’eau. Mais le temps qui passe diminue encore les chances de sauvetage. Le fameux produit ne sera disponible que lundi prochain et il faudra aller le chercher près de Toulon, à l’Institut Océanographique Paul Ricard.
Le lundi, qui s’avérera noir, arrive enfin. Une palanquée de 3 plongeurs se rend sur le sec pour prendre les dernières mesures et évaluer les accessoires nécessaires à la confection du matériel qui permettra de récupérer le poisson.
Un quart d’heure plus tard, le bateau amarré au corps mort, les plongeurs s’immergent à 20m de profondeur. Ils réalisent qu’ils ont perdu en découvrant le mérou inerte. Il n’a plus rien à faire, sinon sortir le poisson de sa rague fatale et le confier aux scientifiques. Un membre de palanquée fait le signe: fin de plongée. Une fois en surface un autre prend la VHS: le sauvetage est annulé, le mérou est perdu, il est inutile d’aller chercher la Quinaldine
Le lendemain matin, une autre palanquée sera charge de triste mission. Le poisson est enfin dégagé de la roche dans un état pitoyable. La flèche reste coincée dans la faille et ne sera récupérée qu’ultérieurement[3] Le bateau qui ramène le mérou sur le quai en béton de la Tour Fondue est accueilli en silence. Les plongeurs en colère constatent qu’il s’agit d’un tout jeune spécimen (45 cm pour un poids de 1,4kg), probablement une femelle immature qui devait avoir entre 2 et 3 ans. Le poisson est photographié, les journalistes du Var Matin sont convoqués. Pour rendre les photos plus réalistes, on emprunte quelque part la flèche d’un fusil de chasse et on la place d ans ce qui reste du mérou.
L’auteur de cet acte ne sera probablement jamais identifié. Comment nommer cet individu? Libre à chacun d’employer le terme ou l’euphémisme de son choix. Un fait est certain: l’homme au fusil n’a pas observé les règles du jeu.[4]
1.Le mérou fait partie des poissons nobles. Il faut le respecter.
2.Le tirer «à trou», pour l’abandonner ensuite est un sacrilège.
3.Dans les eaux ou il abonde, la facilité de sa capture ne doit pas transformer le plaisir de la chasse sous-marine en massacre. [5]
Les animaux agissent selon l’instinct et leur langage est plus simple que le nôtre. Parfois même, ils nous font confiance. Le 20 août 1999 un mérou a fait confiance à un être humain
Pour l’instant sa faille reste inhabitée. L’incident de Porquerolles n’est pas un cas isolé, c’est la deuxième fois qu’un acte de braconnage connu arrive dans les eaux de la Petite Passe depuis deux ans. Selon un marin-plongeur de la presqu’île, deux semaines plus tard après le sauvetage des Trois Pointes, un autre mérou blessé a été découvert sur le site voisin du Sec des Carrières.

[1] Depuis 1993 reconduit automatiquement pour 5 ans suivants.
[2] C’est un peu long vu le nombre de bateaux et les liens amicaux entre les clubs de plongée.
[3] Pour être examinée par la Commission de Chasse
[4] Ce texte n’est pas un manifeste contre la chasse sous-marine
[5] Extrait de Chasse sous-marine de Robert Stromboni, ex-champion du monde de chasse sous-marine.
























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