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Enzo Maiorca [portrait]

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La science lui prédisait une mort certaine : il y a tout juste un demi-siècle, le Sicilien Enzo Maiorca descendait en apnée à 50 mètres. Sa course des profondeurs avec Jacques Mayol fut immortalisée par Le Grand Bleu. Rencontre avec l'inventeur des records « no limit ».

Une mer tabassée de soleil, il y a deux ans, au large de Syracuse. Le Zodiac flotte à un mille de la côte, bercé par le murmure du ressac. Debout à la poupe, Enzo Maiorca a les yeux fixés sur le grand bleu. Il ne rêve que d'y retourner, s'engloutir à 50 mètres de fond, à 81 ans. Avec sa fille Patrizia, championne d'apnée, elle aussi.

C'était il y a un demi-siècle. Août 1962. Il les entend encore, tous les pontes de la médecine, lui seriner : « Maiorca, n'allez pas à 50 mètres, le corps humain n'y résiste pas. Vous allez exploser. » Il a fichu en l'air toutes les belles théories remontant à Aristote. Il fut le premier homme à atteindre cette profondeur. C'était il y a une éternité.

Patrizia et lui se jettent à l'eau. Le silence de la descente n'est troublé que par le chuintement des bouteilles. Derrière son masque, Enzo caresse les monnaies d'or disséminées par le soleil, les champs de posidonies, le ballet muet des poissons. Mais à 35 mètres de fond, un fort courant. Ils avancent dans le brouillard. Enzo, tout à coup, sent son c£ur danser la gigue. Il entame la remontée. Sa fille le voit sauter le palier de décompression, essaie de le retenir. Elle le retrouve en haut, agrippé au Zodiac, suffocant. « Si je n'étais pas resté maître de moi jusqu'au bout, je restais en bas, ce jour-là », dit-il, en plongeant son regard de chat persan en vous.

Beaucoup le croient mort, à l'instar de son double de cinéma Jean Reno, dans Le Grand Bleu, le chef-d'oeuvre de Luc Besson qui a immortalisé son duel dans les profondeurs avec Jacques Mayol.



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