Par Jérôme Kaiser
Troisième volet sur les récifs.Dans cette partie, chaque domaine est traité tout d'abord en tant que ressource, puis les conséquences sur l'Homme en cas de disparition des récifs coralliens sont présentées dans les conclusions.
La pêche: une ressource vitale
Le potentiel halieutique des récifs coralliens est estimé à 15 tonnes par km2 et par an. La superficie totale des récifs atteignant quelques 600000 km2, la production mondiale serait de 9 millions de tonnes par an. Bien que cela ne représente que 12% des ressources halieutiques mondiales, la dépendance des populations îliennes aux espèces associées à leurs récifs est vitale. Du fait que la pêche récifo-lagunaire est essentiellement pratiquée aux échelles individuelle et communautaire, il est difficile d'estimer le nombre de pêcheurs ainsi que la quantité de poissons et crustacés autoconsommées. Mais, à titre d'exemple, 90% des protéines animales consommées dans les îles du Pacifique sont d'origine marine. L'aquariophilie représente une part importante des ressources halieutiques. Aux Philippines, les revenus liés à cette activité s'élevaient à 2,75 millions de dollars US en 1979 (Salm, 1984), c'est-à-dire au sixième rang des revenus liés à la pêche.

L'essor touristique
Depuis la seconde moitié du 20ème siécle, le tourisme lié aux récifs a connu une expansion énorme: la Grande Barrière de Corail (Australie) a vu son nombre de visiteurs multiplié par un facteur 40 entre 1946 et 1980. En Polynésie, le nombre de touristes est passé de 4000 en 1960 à plus de 122000 en 1985, pour devenir la première activité économique de ce territoire. Source de revenus très importante, le tourisme est actuellement un enjeu majeur du développement économique de nombreuses îles. En effet, plus de 100 pays vivent des bénéfices tirés des diverses possibilités touristiques qu'offrent les environnements récifaux (plongée sous-marine, pêche de loisir, plaisance, ...). Dans certains pays des Caraïbes, où les visiteurs se comptent en millions par année, l'industrie du tourisme représente en moyenne la moitié du Produit National Brut (jusqu'à 18 milliards de dollars en 1990).

Un rôle de protection
Les récifs barrières et frangeants protègent les côtes de l'action des vagues qui peuvent être violentes en cas de cyclones, fréquents dans les basses latitudes. Ils sont aussi à l'origine du développement d'herbiers à Phanérogammes et de mangroves (écosystèmes étroitement associés aux récifs coralliens) dans les lagons qui favorisent la fixation des sédiments, l'oxygénation et la lutte contre l'érosion côtière. Récifs frangeants, herbiers et mangroves jouent un rôle important pour la reproduction et la croissance de très nombreuses espèces, à valeur commerciale pour certaines. La Nouvelle-Calédonie est une des rares îles à avoir un double récif (barrière et frangeant). D'une longueur totale de 1600km, sa superficie atteint, autour de la Grande Terre, 8000km2 et la distance à la côte varie entre 1 et 70km. Il renferme un lagon de 20400km2 et des zones de mangroves (environ 200km2 au total).Une autre utlisation des récifs en tant que matériel est la soupe de corail, c'est-à-dire les matériaux coralliens meubles extraits du lagon par dragage. Cette soupe fournit des granulats pour le béton, le revêtement de chaussées ou la réalisation d'aménagements maritimes. Mais cette utilisation reste très limitée à certaines îles.

Un apport à la médecine
Les coraux sont déjà utilisés pour des greffes osseuses et dentaires, ainsi que pour la chirurgie oto-rhino-laryngologique. De plus, des études sur les substances chimiques produites par les organismes récifaux pour se protéger ont révélé que certaines espèces coralliennes seraient prometteuses dans la lutte contre les infections bactériologiques, la leucémie et certains cancers comme celui de la peau.Il est intéressant de relever ici que le domaine scientifique permet de mettre en valeur certains aspects qui ne sont pas indissociables de l'intérêt économique.
Conclusions
La disparition des récifs coralliens des petites îles et atolls, environnements les plus dépendants du milieu récifal, aurait pour conséquence une diminution drastique des réserves halieutiques, et donc des pêcheurs. A l'heure actuelle, on constate déjà que, dans les zones touchées par la mort des coraux et la surpêche, le nombre et la diversité de poissons diminue. Ceci oblige les pêcheurs à récolter des poissons de plus en plus juvéniles ce qui empêche le renouvellement des stocks. Quant à imaginer une reconversion vers l'agriculture, elle paraît très difficile, voire impossible, puisque les sols sont improductifs (formés de corail mort sur lequel l'humus ne peut suffisamment se développer).Sans aucune protection contre les vagues, les côtes seraient soumises à une forte érosion, nuisible aux aménagements côtiers. De même les lagons et les plages aux couleurs si attirantes s'éteindraient, entraînant une diminution du nombre de touristes. Quant aux atolls, dont l'essence même repose sur les récifs, ils seraient purement et simplement rayés des cartes.Il ne faut pas non plus négliger l'impact culturel de la disparition des édifices coralliens sur les populations îliennes qui vivent au rythme de leurs récifs depuis des milliers d'années.On peut donc en conclure que si les récifs disparaissent, la vie s'arrêtera sur de nombreuses îles tropicales.
























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