Environnement. 3 000 engins dispersés dans les mers du monde surveillent de l’intérieur les courants océaniques et leurs réactions aux changements climatiques.
L’océan, pudique, espérait cacher ses dessous. Sa surface, scrutée par les satellites, n’a plus de mystère. Pas le moindre creux ou bosse n’échappe à leurs altimètres, révélant ses courants superficiels, la hauteur de ses vagues et… la topographie de ses fonds. Sa couleur, signe de vie ou de déserts biologiques, se soumet à l’œil perçant des espions spatiaux. Mais ses dessous, là où se trame sa circulation profonde, restaient énigmatiques. A l’exception des tropiques où quelques dizaines de bouées fixées au fond surveillent ses frasques. Le reste, immense, ne lâchait ses secrets que lors des fugaces coups de sondes des océanographes, au long de leurs navigations. Or, les dessous de l’océan, «c’est décisif pour comprendre son fonctionnement, son rôle climatique ou la répartition des nutriments à l’origine de toute la vie marine», explique Pierre-Yves Le Traon, de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).
Logistique. Poséidon va pourtant perdre sa dernière part de mystère. L’outil de ce dévoilement ? Une armada sous-marine : 3 000 espions, baptisés «flotteurs dérivants» par les ingénieurs et disséminés dans toutes les grandes mers du globe. Ces engins automatiques plongent jusqu’à 2 000 mètres, enregistrent températures et salinité, remontent en surface et envoient leur précieux butin ainsi que leur position aux laboratoires du monde entier.
«Un rêve d’océanographe, car ces paramètres permettent de savoir comment l’océan, en liaison avec l’atmosphère, redistribue chaleur et eau douce», sourit Sabrina Speich, du Laboratoire de physique des océans (LPO) (1), qui souligne : «Depuis 1955, plus de 80 % du réchauffement planétaire à été absorbé par l’océan.» Surveiller sa réaction suppose de l’espionner en détail, «surtout lorsque l’on se rend compte, avec ces flotteurs, à quel point on sous-estimait son côté turbulent, combien l’image d’un océan aux lents mouvements, perçus aux grandes échelles, était trompeuse». Les dessous de l’océan cachaient des tourbillons, une agitation dont la découverte éclaire d’un jour nouveau sa vie intime.
























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