Né dans les siphons anglais et les sources de Floride, le sidemount a quitté le monde de la spéléologie pour séduire les plongeurs techniques comme les loisirs. Harnais, wing, bungees, flexible long, switch régulier des blocs : sous-la-mer.com décortique la configuration à blocs latéraux, ses avantages réels, ses limites et les erreurs de débutant à éviter, avec une formation encadrée comme point de départ indispensable.
Longtemps cantonné aux siphons boueux et aux plongeurs spéléo prêts à ramper dans la glaise, le sidemount s'est imposé en une vingtaine d'années comme l'une des configurations les plus étudiées de la plongée technique. Le principe tient en une phrase : au lieu de porter vos blocs dans le dos, vous les fixez le long du corps, sous les aisselles, chacun autonome avec son détendeur et son manomètre. Ce déplacement apparemment anodin change tout : la répartition des masses, la gestion des gaz, le portage, la capacité à franchir un passage étroit et, surtout, l'accès direct à des robinets que le back-mount rendait presque inaccessibles. Le sidemount n'est pourtant ni une mode, ni une solution universelle : c'est une configuration exigeante, qui se règle, se travaille et s'apprend impérativement en formation encadrée.
Aux origines du sidemount : des siphons anglais aux sources de Floride
Le sidemount n'a pas été inventé par un fabricant, mais bricolé par des plongeurs confrontés à des contraintes que le matériel de l'époque ne savait pas résoudre. Comprendre cette généalogie éclaire la logique de la configuration actuelle.
La spéléologie britannique et le sidemount de fortune
Dans les années 1960 et 1970, les plongeurs spéléo britanniques atteignaient des siphons après des heures de progression en rampant. Porter un bi-dorsal dans un méandre de quarante centimètres relevait de l'impossible. La réponse fut pragmatique : descendre les blocs séparément, les accrocher sur les hanches au moment de s'immerger, et présenter un profil aussi plat que possible.
Les sources de Floride et le sidemount moderne
La seconde révolution vient des systèmes noyés de Floride et du Yucatan, où l'exploration de conduits bas et larges a fait émerger un système cohérent : harnais dédié, wing profilée, bungees élastiques plaquant le haut des blocs contre le buste, routage standardisé des flexibles. Le sidemount cesse alors d'être un bricolage pour devenir enseignable. C'est cette version, industrialisée dans les années 2010, qui a essaimé vers la plongée loisir.
Le principe : ce qui change vraiment face au back-mount
Le sidemount n'est pas un bi-dorsal déplacé, mais une autre logique d'autonomie et d'équilibre. Le plongeur venu du dorsal doit accepter de réapprendre plusieurs réflexes.
Deux blocs indépendants, deux circuits complets
Chaque bloc porte son premier étage, son deuxième étage et son manomètre. Il n'existe aucune liaison entre les deux blocs. Une panne complète sur un circuit — givrage, débit continu, rupture de flexible — n'affecte jamais l'autre : vous fermez le robinet concerné, vous basculez sur le second détendeur et vous conservez l'intégralité du gaz restant dans le bloc sain.
Sidemount contre bi-dorsal à manifold
Le bi-dorsal isolable offre lui aussi une redondance, mais par un autre chemin : un manifold relie les blocs et permet de partager le gaz, au prix d'une manipulation dorsale exigeante. En sidemount, la redondance est structurelle plutôt que procédurale. En contrepartie, vous perdez la possibilité de puiser dans la totalité du gaz par un seul détendeur, ce qui impose une discipline de switch permanente.
Ce que le corps ressent immédiatement
La différence la plus frappante est la disparition de la masse haute dans le dos. Les blocs se logent sous les aisselles, dans le prolongement des hanches, ce qui abaisse le centre de gravité et rapproche le centre de flottabilité du centre de masse. Le plongeur bien réglé obtient un trim horizontal presque naturel, mais tout défaut de réglage se ressent aussitôt, en roulis ou en assiette.
Matériel en rapport avec cet article
Anatomie d'un harnais sidemount
L'équipement compte peu d'éléments, mais chacun a une fonction précise. Un harnais mal ajusté rend la configuration frustrante ; bien réglé, il se fait oublier en quelques minutes.
La plaque dorsale et le sanglage
La plupart des systèmes reposent sur une plaque — aluminium, acier ou composite selon le lestage recherché — ou sur un dos souple renforcé destiné au voyage. Le sanglage comprend des bretelles ajustables, une sangle ventrale et une sangle d'entrejambe. Cette dernière n'est pas un accessoire : elle empêche le harnais de remonter lorsque les blocs, lourds en début de plongée, tirent vers le bas.
La wing et son volume
La wing sidemount est plus étroite et plus plate qu'une wing de bi-dorsal, afin de ne pas créer de volume parasite entre les blocs et le dos. Son volume se choisit selon le lestage réel à compenser : surdimensionnée, elle génère de la traînée, des transferts d'air désagréables et un contrôle fin plus difficile. Un montage bi-blocs acier en eau froide demande logiquement davantage de portance.
Les bungees et les points d'accroche hauts
Les sandows élastiques sont la signature du sidemount moderne. Ils passent par-dessus les épaules ou sur les côtés selon les écoles et viennent enserrer le col du bloc pour le plaquer contre le buste. Leur tension est critique : trop lâches, les blocs s'écartent et deviennent des ailerons ; trop serrés, ils compriment la cage thoracique et interdisent tout décrochage rapide.
D-rings, boucles et sangles de culot
Les anneaux en D placés au niveau des hanches reçoivent les boucles inox fixées au culot des blocs. Leur position se règle au centimètre : trop en avant, le bloc perturbe le trim ; trop en arrière, il frotte sur les palmes. Des D-rings de poitrine sécurisent flexibles et accessoires. La règle reste celle de toute la plongée technique : rien ne doit pendre.
Détendeurs, flexibles et robinetterie
La configuration gaz est standardisée pour une raison simple : sous stress, en visibilité nulle, vous devez identifier un élément par le toucher et par sa position, jamais par la lecture.
Flexible long et flexible court
Un détendeur reçoit un flexible long, généralement de 1,5 à 2 mètres en eau libre et davantage en spéléo, destiné au partage de gaz dans un passage où le binôme doit se placer en file. Il est lové le long du corps, prêt à être libéré d'un geste. Le second détendeur, sur flexible court, reste près du menton, tenu par un collier élastique.
Manomètres et routage des tuyaux
Chaque bloc porte son manomètre, en général un modèle compact à flexible court, orienté pour être lisible d'un simple coup d'oeil vers le bas. Le routage épouse la silhouette : les tuyaux longent le bloc, remontent le long du buste et restent plaqués. Tout flexible décrivant une boucle est un risque d'accrochage.
Robinetterie et gestion des pannes
Le sidemount privilégie des robinets tournés vers l'intérieur, manoeuvrables d'une main. Vous devez savoir sans hésiter quel sens ferme quel robinet, les gestes étant en miroir d'un bloc à l'autre. Face à un débit continu, la réponse correcte est de fermer, de basculer sur l'autre détendeur, puis d'évaluer. Cet enchaînement se répète à chaque plongée jusqu'à devenir automatique.
Équilibrage, trim et hydrodynamisme
Positionner les blocs dans l'axe du corps
L'objectif est d'obtenir des blocs parallèles à l'axe longitudinal, légèrement remontés à l'arrière en fin de plongée lorsqu'ils s'allègent. Trois variables permettent d'y parvenir : la hauteur du point d'accroche haut, la position du D-ring de hanche et la longueur de la sangle de culot. Un culot qui plonge vous met tête haute ; un bloc trop haut vous fait piquer. Comptez plusieurs plongées de réglage.
Lestage et flottabilité en fin de plongée
Le calcul suit la logique habituelle : tenir un palier avec des blocs presque vides, sans effort. La spécificité du sidemount est que la flottabilité évolue symétriquement si vous alternez correctement, et de façon asymétrique sinon. Le lest se répartit entre la plaque, des poches ventrales et, parfois, un complément placé haut ou bas pour corriger l'assiette.
Gestion des gaz : switch régulier et règle des tiers
C'est le point qui déroute le plus les plongeurs venus du back-mount. Vous ne respirez plus un volume, vous gérez deux réserves distinctes qui doivent rester équivalentes.
La règle des tiers appliquée aux blocs latéraux
En plongée sous plafond, la règle des tiers réserve un tiers du gaz à l'aller, un tiers au retour et un tiers comme marge destinée notamment à l'assistance d'un binôme. En sidemount, elle s'applique à la réserve globale, mais suppose que les deux blocs se vident en parallèle. Un plongeur ayant consommé l'essentiel d'un seul bloc conserverait une redondance de façade.
Le switch régulier, tous les 20 à 30 bars
La pratique consensuelle consiste à alterner les détendeurs par tranches courtes, dans une séquence stable. Cette alternance poursuit trois objectifs :
- Maintenir l'équilibre latéral : deux blocs de pressions proches pèsent le même poids, donc pas de roulis à corriger en permanence.
- Préserver la redondance réelle : à tout instant, chaque bloc contient une fraction substantielle du gaz total.
- Tester les deux circuits : un détendeur non respiré depuis vingt minutes est un détendeur dont vous ignorez l'état.
On change toujours dans le même ordre, on vérifie les deux manomètres, et on ne laisse jamais l'écart dépasser la valeur convenue au briefing.
Sidemount, back-mount et bi-dorsal : le comparatif
| Critère | Sidemount | Back-mount monobloc | Bi-dorsal isolable |
|---|---|---|---|
| Redondance du gaz | Totale, deux circuits séparés | Nulle sans bloc de secours | Bonne, via manifold isolable |
| Accès aux robinets | Direct, visuel et manuel | Difficile, derrière la nuque | Dorsal, exige de la souplesse |
| Portage et logistique | Blocs transportés séparément | Charge unique modérée | Charge unique lourde |
| Passages étroits | Excellent, blocs décrochables | Moyen | Limité par la largeur dorsale |
| Trim et hydrodynamisme | Très bon une fois réglé | Bon, dépend du lestage | Bon, centre de masse haut |
| Charge de gestion du gaz | Élevée, switch obligatoire | Faible | Modérée |
| Temps de réglage initial | Long, plusieurs plongées | Court | Moyen |
| Usage privilégié | Spéléo, épaves, plongée du bord | Exploration loisir | Technique en pleine eau |
Avantages réels, limites et idées reçues
Ce que le sidemount apporte concrètement
- Une redondance vérifiable : vous voyez et touchez vos robinets, vous isolez une fuite en quelques secondes, avant même de l'avoir localisée visuellement.
- Un portage fractionné : deux blocs descendus séparément au lieu d'un ensemble de trente kilos sur un sentier côtier ou une échelle de ponton.
- Un soulagement lombaire : le poids ne repose plus sur le rachis pendant la marche, argument décisif pour beaucoup de plongeurs.
- Une grande adaptabilité : la configuration accepte des blocs de 7 à 15 litres, acier ou aluminium, selon ce que propose la station.
- L'accès aux passages contraints : décrocher un bloc et le pousser devant soi ouvre des cheminements inaccessibles autrement, technique réservée aux plongeurs formés au milieu sous plafond.
Ce que le sidemount ne résout pas
La configuration ne compense aucune lacune. Elle ne corrige pas un palmage désordonné et ajoute une charge cognitive : deux manomètres, un switch à cadencer, deux robinets. S'y ajoutent des contraintes matérielles — temps de réglage, robinetterie parfois inadaptée en centre, gréement à l'eau peu confortable en mer formée.
Les idées reçues les plus tenaces
- Réservé aux plongeurs techniques : faux, des cursus loisir existent, mais ils supposent une stabilité déjà acquise.
- Moins de consommation : la baisse de traînée aide, mais la consommation dépend surtout de la technique et du stress.
- Toujours plus sûr : la redondance ne vaut que si les procédures sont entraînées et le switch respecté.
- Aucun réglage nécessaire : c'est au contraire la configuration la plus dépendante d'un ajustement personnalisé.
Mise à l'eau et gréement dans l'eau
Gréer en surface ou en flottaison
Deux écoles coexistent. Le gréement complet en surface évite les manipulations en milieu instable mais impose de marcher chargé. Le gréement dans l'eau consiste à entrer avec le seul harnais, puis à accrocher un bloc après l'autre en engageant d'abord le culot, puis le col dans le bungee. Plus confortable pour le dos, elle se travaille d'abord en eau calme.
Bateau, bord et environnement sous plafond
Sur un bateau, la logistique s'anticipe : blocs arrimés séparément, détendeurs montés avant le départ, équipe de pont prévenue. Depuis le bord, une mise à l'eau par petits fonds permet de gréer accroupi. Sous plafond, le gréement se fait à l'entrée, dans un espace stable, avec vérification croisée. La sortie suit la logique inverse : on décroche avant de remonter l'échelle.
Formation, eau froide et recycleur
Prérequis et contenu d'un stage sérieux
Les cursus sidemount sont accessibles dès un niveau autonome, mais les vrais prérequis sont comportementaux : flottabilité maîtrisée sans les mains, palier stable, palmage frog, aucune panique au retrait du deuxième étage. Un stage sérieux couvre le réglage individualisé du harnais, les manoeuvres de robinets exécutées les yeux fermés, la gestion d'un débit continu sur chaque circuit, le déploiement du flexible long, le retrait d'un bloc en immersion et la planification des tiers.
Aucune de ces compétences ne s'acquiert par une vidéo ou un article. Le sidemount se travaille sous supervision, puis se consolide par des plongées répétées en milieu simple avant tout engagement.
Eau froide et bi-étanche
En eau froide, les blocs acier apportent du lest naturel mais imposent une wing plus portante. Le vêtement étanche ajoute un circuit de gonflage à router proprement, souvent prélevé sur un premier étage dédié. Certains plongeurs alimentent le vêtement depuis un bloc et la wing depuis l'autre pour conserver une alimentation en cas de panne ; d'autres préfèrent un petit bloc dédié, notamment aux mélanges à l'hélium.
Sidemount et recycleur
Les deux mondes cohabitent bien. Des blocs latéraux constituent un bailout en circuit ouvert immédiatement respirable, accessible et modulable selon les paliers prévus. Il existe par ailleurs des recycleurs conçus pour être portés latéralement, nés des contraintes des conduits étroits. Ces configurations relèvent de cursus avancés et supposent une maîtrise préalable, séparée, du recycleur et du sidemount.
Les erreurs fréquentes du débutant
- Serrer excessivement les bungees, ce qui gêne la respiration et interdit tout décrochage de bloc.
- Négliger le switch et se retrouver avec cent bars d'écart, donc un déséquilibre et une redondance dégradée.
- Sur-lester par habitude alors que la wing plus petite et les blocs acier modifient le calcul.
- Laisser pendre un flexible ou un manomètre, source d'accrochage et de dégradation du milieu.
- Modifier plusieurs réglages à la fois, ce qui empêche d'identifier ce qui a réellement amélioré le trim.
- Copier la configuration d'un autre plongeur sans tenir compte de sa morphologie, de ses blocs et de son vêtement.
Le fil conducteur reste le même : le sidemount récompense la rigueur et sanctionne l'approximation. Réglez lentement, notez vos ajustements et faites valider vos procédures d'urgence par un encadrant. C'est à ce prix que la configuration tient ses promesses de confort, de sécurité et de liberté.
Questions fréquentes sur la plongée en sidemount
Faut-il être plongeur technique pour se former au sidemount ?
Non. Des cursus sidemount existent pour la plongée loisir, généralement accessibles à un plongeur autonome disposant d'une expérience suffisante. Le véritable prérequis est la maîtrise de la flottabilité et du trim, car la configuration ajoute une charge de travail. Un plongeur encore instable gagnera à consolider ses bases avant de passer aux blocs latéraux, toujours en formation encadrée.
Le sidemount est-il vraiment plus confortable pour le dos ?
Sur la partie terrestre, oui, très nettement : vous portez les blocs séparément au lieu de supporter un ensemble lourd sur le rachis, et vous pouvez même gréer en flottaison. En immersion, le gain vient de la disparition de la masse dorsale et d'un centre de gravité abaissé. Cela ne remplace toutefois pas un avis médical en cas de pathologie avérée.
Peut-on plonger en sidemount avec des blocs acier en eau froide ?
Oui, c'est même une configuration courante. Les blocs acier apportent du lest naturel et réduisent le plomb nécessaire, mais ils imposent une wing suffisamment portante et un réglage soigné des points d'accroche. En eau froide, il faut aussi des détendeurs adaptés au givrage et une discipline stricte de gonflage. Faites valider ce montage par un instructeur avant vos premières sorties.
Quelle différence de sécurité entre sidemount et bi-dorsal isolable ?
Les deux offrent une redondance. Le bi-dorsal partage le gaz via un manifold, avec une manipulation dorsale exigeante. Le sidemount propose deux circuits totalement indépendants, avec des robinets visibles et accessibles d'une main, mais impose d'alterner les blocs pour conserver des réserves équilibrées. Le niveau de sécurité dépend surtout de l'entraînement aux procédures, pas du matériel lui-même.
Combien de plongées faut-il pour être à l'aise en sidemount ?
Un stage initial permet de comprendre le montage et les procédures, mais l'aisance réelle arrive plutôt après quinze à vingt plongées de consolidation en milieu simple. Cette période sert à affiner les réglages, un paramètre à la fois, et à automatiser le switch et les manipulations de robinets. Mieux vaut progresser lentement que s'engager trop tôt sur un site exigeant.
Le sidemount est-il compatible avec un recycleur ?
Oui, de deux façons. Des blocs latéraux constituent un excellent bailout en circuit ouvert, accessible et modulable selon les paliers prévus. Il existe aussi des recycleurs conçus pour être portés sur le côté, développés pour les passages étroits. Ces configurations relèvent de cursus avancés et supposent une maîtrise préalable, séparée, du recycleur et du sidemount.
Illustration : Devondiver / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0.
































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